L’explosion des gardes à vue et détentions abusives
« Lu dans le Canard Enchaîné mercredi 10 décembre »
Photo Jean-Luc Adde
Quelques cas cités :
• Le 31 juillet 2008, Sylvain GARREL, conseiller municipal Vert du XVIII° de Paris, convoqué au commissariat pour « affaire le concernant ». Je me pointe à 10 heures du matin. J’avais fait plusieurs demandes, en tant qu’élu, pour visiter les locaux et contrôler les conditions de garde à vue. Aucune réponse. En arrivant, j’apprends que je suis… en garde à vue, en attendant d’être confronté à un témoin. Lors d’une manif contre un projet immobilier dans mon quartier, on m’aurait aperçu en train d’abîmer une dalle de béton sur le chantier. J’ai toujours nié et j’ai fait remarquer que c’est une mesure inutile : je suis venu spontanément et suis disposé à revenir à l’arrivée du témoin. Mais les policiers refusent de me lâcher. Les poulets ont accepté de passer un coup de fil à ma femme car j’étais censé aller chercher mon fils de 4ans à l’école.
Mon contradicteur a rappliqué à 19 heures. Je suis sorti à 21 heures. Depuis plus aucune nouvelle de cette histoire.
• Le 20 AOUT 2008, Jean-François de LAUZUN, 58 ans. Je rentrais chez moi, à Versailles. Il était 19h30 et, comme c’était désert, j’ai traversé sans faire attention au feu. Une policière, très agressive, me fait remarquer que le petit bonhomme était rouge. Je passe mon chemin. Mais elle me rattrape et me demande mes papiers. Le contrôle d’identité s’éternise, avec consultation des fichiers centraux. Quelques personnes observent la scène. Plusieurs d’entre elles prennent ma défense. Ce qui leur vaut d’être à leur tour contrôlées. Je finis par rentrer chez moi, croyant l’incident clos. Mais à 22h15, on sonne. Fatigué, je me suis couché tôt. J’enfile une robe de chambre et me retrouve devant les policiers, qui ont une convocation pour moi. Je leur fais remarquer que ce n’est pas une heure pour venir chez les gens. J’ajoute que les proportions prises par cette histoire sont ridicules et évoque des « méthodes totalitaires ». On me signifie alors que je suis en garde vue. J’aurais « incité à l’émeute » lors du contrôle ! Je suis menotté, emmené en pyjama, enfermé dans une cellule qui sent l’urine. Je comprends vite pourquoi. Par deux fois, on me refuse l’accès aux toilettes et je dois me soulager dans un coin. L’interrogatoire se passe avec une menotte attachée à la chaise. Depuis, j’y pense tout le temps. Je n’ai aucune nouvelle depuis trois mois.
• Le 21 JUILLET à paris, Pierre CONLEY, 28 ans. Je prenais un verre avec ma petite amie suédoise au soleil couchant, après un pique-nique au square du Vert-Galant. Deux hommes surgissent de derrière un saule pleureur. Je fumais une cigarette de tabac roulé. Ils me demandent si c’est un joint. Je leur réponds que j’en fume jamais, mais à ma grande surprise, ils exigent que je les suive pour un contrôle intégral. Très agressifs, ils me tirent, en me tordant le bras. Je prends peur, appelle au secours. Ils me plaquent au sol. J’ai l’impression qu’on m’étrangle. Leurs collègues déboulent. Je suis en règle mais ils décident de m’emmener au poste de la rue du Louvre, ou l’on me menotte. Au bout d’une heure, je suis conduit au commissariat St Honoré pour un éthylotest électronique. Taux d’alcoolémie négatif : 0,13mg !
On me ramène rue du Louvre. Quand je demande si ça doit durer longtemps, on me répond : « Vous n’allez pas nous casser les couilles toutes les deux minutes. » Après quatre heures de ce traitement, on enlève mes menottes. J’apprends que je suis accusé d’ « incitation à l’émeute » pour avoir appelé au secours.
J’ai écrit à l’IGS. Pas de réponse. Et à Michèle Alliot-Marie qui, elle, m’a assuré par courrier de « son entière détermination à intensifier toujours plus la formation des policiers, en particulier en matière déontologie. »